Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu (1585-1642). Lettre signée « Le Card. de Richelieu », Paris, 24 juillet 1631, adressée à Monsieur le Marquis de Brezé, capitaine des gardes du corps du Roy, Gouverneur de Saumur. 1 p. in-folio (36 x 25 cm). Contrecollée sur papier fort vert, encadrée.
A la suite de la « Journée des Dupes », le 12 novembre 1630, le roi Louis XIII avait décidé de conserver sa confiance à Richelieu et d’exiler sa mère au château de Compiègne.
Le Cardinal narre à son beau-frère, Urbain de Maillé, premier marquis de Brézé (1598-1650), futur maréchal de France, l’évasion de Marie de Médicis du château de Compiègne dans la nuit du 18 au 19 juillet, rappelant au passage le refus obstiné qu’elle a opposé à tout accommodement, les dispositions habiles de Vardes pour lui interdire la place de La Capelle, et les dispositions que prend Louis XIII.
« Mon frère, je prends la plume pour vous donner advis que la Reyne mère du Roy, après avoir témoigné comme vous scavez depuis qu’elle fut a Compiègne n’en vouloir point partir, en est sortie depuis 4 jours, et s’est retirée en Flandres. Elle pensoit aller à La Capelle, mais le s[ieu]r de Vardes le Père y a donné si bon ordre, qu’il a mis son fils hors de la place ou il avoit l’espoir de la recevoir. Le Roy a envoié tous les gouverneurs de Picardie chacun en leurs places pour pourvoir a leur sureté. Il fait effort de sacheminer bientôt à la frontière pour dissiper par sa présence tout ce qui voudroit causer du trouble a son Estat. On espère (avec l’aide de Dieu) de sa valeur et de l’heur qui l’accompagne, qu’il adviendra aussy glorieusement à bout qu’il a fait de toutes les affaires esprouvantes [?] qu’il a eues a demesler iusques icy. Aiant Dieu pour soy, et la justice il n’a rien à craindre à mon advis. Il n’y a chose au monde quon n’ait voulu faire pour destourner la Reyne Mère de l’union qu’elle a avec Monsieur, et l’Espagne. On luy a voulu rendre le gouvernement d’Anjou et les places qu’elle y avoit, mais elle a reffusé toutes les conditions honorables et sauves qu’on luy a proposées.
Vous n’avez que faire de bouger dou vous estes, si je ne songe qu’il soit de besoin que vous vous en reveniez je vous en donneray advis lorsquil en sera temps.
Cependant assurez vous toujiours de mon
affection et que ie suis
Mon frère Vostre très affectionné frère
a vous rendre service,
Le Card de Richelieu »
Concernant l’épisode de La Capelle, « le but de Marie de Médicis est de s’enfermer dans La Capelle [-en-Thiérache, près de Vervins] et d’y appeler les Espagnols, en leur ouvrant la frontière. Elle sait que le marquis de Vardes, gouverneur de la place, en a provisoirement remis le commandement à son fils et, sur celui-ci, elle peut compter. […] Au dernier moment, le vieux marquis, arrivant à franc étrier, pénètre par ruse dans la place. Il met dehors son fils, sa belle-fille, l’évêque de Léon, tous ceux qui lui semblent suspects, et fait lever les ponts. C’est alors que les expulsés envoient un cavalier à Sains, pour avertir Marie de Médicis et la dissuader de pousser plus avant. » (P. Guynemer, L’Isolement de Marie de Médicis au château de Compiègne en 1631, son évasion : d’après des manuscrits inédits, Progrès de l’Oise (Compiègne), 1911, p. 25).
Marie de Médicis ne reverra plus le sol de France et mourra en exil à Cologne en 1642.
Notre document est à priori un faux.
En effet, il est rédigé sur du papier vélin, or ce type de papier a été inventé au siècle suivant, les lettres de l’époque étant rédigées en général sur papier vergé, les actes sur peau en vélin ; notre lettre a dû être confectionnée au XIXe siècle, l’encre étant ancienne et le papier présentant des piqûres. De plus, cette lettre n’apparait pas, à notre connaissance, dans la Correspondance de Richelieu, et d’autre part les pliures sont marquées, parfois fendues, les marges déchirées avec quelques manques de papier, comme intentionnellement. Bref, on ne peut s’empêcher de songer à un faux de Denis Vrain-Lucas, tout à fait dans le style de sa production : papier vélin de mauvaise qualité, pliures marquées, déchirures et manques en marge. Cette lettre de Richelieu sur l’évasion de son ennemie la Reine Mère, adressée à son propre beau-frère, a dû être des plus séduisantes pour un collectionneur d’autographes à l’époque, et l’est restée même de nos jours… Vrain-Lucas est l’auteur de près de 30 000 faux documents et lettres vendus au crédule mathématicien Michel Chasles, aussi improbables que rédigées par Alexandre le Grand, Archimède, Pythagore, Marie-Madeleine, Vercingétorix, Montaigne, Pascal, Racine, Molière, et autres. Les autographes du fameux faussaire dans des collections privées sont de toute rareté. En effet, ils ont été en principe détruits, à l’exception de ceux déposés par le ministère de la Justice à la Bibliothèque Nationale.
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