Victor Considerant. Belle correspondance intime.

 

Victor Considerant (Salins, 1808 – Paris, 1893), philosophe et Ă©conomiste. 8 lettres autographes signĂ©es, 1827-1846, Ă  Clarisse Vigoureux Ă  Besançon et Montagney [5], et Ă  sa fille Julie Vigoureux, Mme Victor Considerant [3].  26 pages in-8°, une Ă  en-tĂŞte de La DĂ©mocratie pacifique et La Phalange, et une Ă  en-tĂŞte de la SociĂ©tĂ© pour la Propagation et la RĂ©alisation de la thĂ©orie de Charles Fourier, 5 adresses et une enveloppe avec cachet de cire rouge Ă  son chiffre.       

V. Considerant. Correspondance intime. Lettres autographes signées.

Belle correspondance intime adressée à Clarisse Vigoureux, qui l’initia au fouriérisme, puis à sa fille qu’il épousa. Parmi les témoignages d’affection et d’amour, l’on suit l’engagement doctrinal du philosophe, de ses idéaux de 1827 aux glorieuses conférences helvétiques de 1846, en passant par la Phalange de Condé-sur-Vesgre, tout en abordant les financements et les scissions de son mouvement, et en évoquant la figure tutélaire de Charles Fourier.

 

I. Paris, 7 avril 1827, Ă  « Madame» [Clarisse Vigoureux]. 3 pp. bi-feuillet. Adresse au dos « Madame Clarisse Vigoureux / Rue du collège / Besançon / Dt Doubs Â», marque postale. DĂ©chirure (lors de l’ouverture) avec petit manque de papier sans manque de texte.

Lettre intime très émouvante.

Victor console Clarisse sur la mort de sa fille Claire (qu’il appelle aussi Clarisse), son premier amour, dĂ©cĂ©dĂ©e le 27 janvier : « Elle vous aime toujours. C’est une essence bien longue, plus longue que ne sont ordinairement celles de cette terre ; mais il y a une espèce de communication de pensĂ©es […] et elle est avec vous plus unie peut-ĂŞtre qu’auparavant. Nous nous rĂ©unirons tous un jour dans un monde meilleur Â». Puis il Ă©voque avec  enthousiasme un avenir meilleur :

Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée

« mon espĂ©rance est aussi vive que la vĂ´tre ; la vĂ©ritĂ© sera la plus forte et les hommes ne lutteront pas toujours contre leur bonheur. Je ferai aussi mes efforts pour hâter l’ère dĂ©sirĂ©e, et cette tâche ne fĂ»t-elle pas la plus belle et la plus entrainante, ne fĂ»t-elle pas la cause de Dieu et de l’HumanitĂ©, n’intĂ©ressât-elle pas que nous, avec quelle ardeur je la dĂ©fendrais ! mais dans cette carrière, oĂą il serait honteux de se prĂ©senter sans espĂ©rance, j’entendrai toujours votre voix, vous me soutiendrez, vous m’aiderez toujours. Â»

 

II. [Paris], 30 avril 1828, [Ă  Clarisse Vigoureux]. 2 pp. ½ bi-feuillet. Adresse au dos « Madame Clarisse Vigoureux / rue du Collège / Besançon  Â». DĂ©chirure (lors de l’ouverture) avec petit manque de papier sans manque de texte.

Victor confie son espérance dans une ère nouvelle.

 Â« Je suis tout plein d’espĂ©rance et je vois l’amour en beau. Je disais hier Ă  un de mes amis que je n’avais jamais autant aimĂ© l’avenir que maintenant. Peut-ĂŞtre est-ce bien un peu aussi parce que le prĂ©sent ne me plait pas ; mais l’idĂ©e que j’aurai ma libertĂ© dans quelques temps [fin de ses Ă©tudes Ă  Polytechique] sert cependant puissamment Ă  me consoler du prĂ©sent. Â» Il se dĂ©fend d’être tourmentĂ©, et se prĂ©sente comme un idĂ©aliste soutenu par la foi et l’espĂ©rance.

Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée.

« Non, je vous le rĂ©pète, je ne suis pas dans cet Ă©tat que vous croyez : il n’est compatible qu’avec un manque d’espĂ©rance et de foi, et j’ai au contraire une grande confiance dans l’avenir. Peut-ĂŞtre mĂŞme me fais-je des illusions mais du moins sont-elles brillantes et capables d’embellir le prĂ©sent. Dans le monde tel qu’il est, la rĂ©alitĂ© donne souvent moins de bonheur que n’en ont produit les illusions. »

 

III. Paris, 10 septembre [1832], [Ă  Clarisse Vigoureux, Ă  Montagney]. 4 pp. bi-feuillet, Ă  son chiffre.

Il Ă©voque les dĂ©buts de la Phalange de CondĂ©-sur-Vesgre et la publication du Phalanstère, journal  pour  la fondation  d’une  Phalange  agricole  et  manufacturière associĂ©e  en  travaux  et  en mĂ©nage.

Il se plaint du mauvais fonctionnement de la Poste suisse. « Je n’aime pas l’idĂ©e que cette lettre soit Ă©garĂ©e Â». Il Ă©voque ensuite sa « lettre de 123 pages qui a Ă©tĂ© le plus grand de mes ennuis actifs depuis bien longtemps. Tous les ennuis que nos amis nous ont suscitĂ© par excès de zèle depuis deux ans et demi sont venus se condenser et j’espère les rĂ©soudre dans cette dernière affaire qui m’a coĂ»tĂ© une fatigue cruelle et m’a enlevĂ© de bonnes forces qui ne me sont pas encore revenues. Â» [Son premier article de propagande fouriĂ©riste consacrĂ© au Nouveau Monde industriel avait paru en 1830 dans Le Mercure de France]. Le temps effroyable joint Ă  cette fatigue  de tĂŞte et de cĹ“ur « me confine depuis quelques jours, sans facultĂ©s, au coin de mon feu et dans mes habits d’hiver Â».

Il Ă©voque ensuite la collecte de fonds pour l’établissement de la Phalange Ă  CondĂ©-sur-Vesgre par le biais du Phalanstère, pĂ©riodique mensuel paru le 1er juin. « Nos affaires d’organisation matĂ©rielle sont en grande partie faites et dans quelques semaines tout marchera rĂ©gulièrement. Jusqu’ici nos amis de province ne nous ont pas portĂ© grand secours effectif. Les articles qui nous ont Ă©tĂ© envoyĂ©s n’ont aucune valeur et celui de Renaud seul a pu ĂŞtre donnĂ© après avoir Ă©tĂ© beaucoup remaniĂ© par nous. Ces messieurs nous envoient des articles Ă©crits avec la mĂŞme nĂ©gligence que des lettres, et il nous est bien plus facile de faire des articles de toutes pièces que de corriger des morceaux aussi peu travaillĂ©s dans la forme et dans le fond.

V. Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée.

– Mais nous allons bientĂ´t leur envoyer une circulaire pour les Ă©difier sur la manière dont ils doivent apporter [leur] concours et pour les stimuler un peu Ă  l’action active. –  Du reste les affaires de La Phalange vont dĂ©jĂ  mieux que je n’avais calculĂ©. Nous avons dès maintenant plus de 200 abonnĂ©s, soit ayant versĂ© leur abonnement, soit devant le verser certainement. La Phalange est loin de ce qu’elle doit ĂŞtre, mais nous commençons Ă  ĂŞtre en avance Ă  la rĂ©daction et si nos amis des Depts nous secondent un peu nous pourrons bientĂ´t lui donner une belle valeur. Â»

 

IV. [Paris], 30 octobre 1832, [Ă  Clarisse Vigoureux]. 2 pp. ½ bi-feuillet. Adresse au dos « Madame Clarisse Vigoureux / rue du Collège / Besançon / Doubs  Â». Marques postales. DĂ©chirure (lors de l’ouverture) avec petit manque de papier sans manque de texte.

Il évoque avec enthousiasme le début des phalanstères.

Il n’a rien reçu de Dulary depuis plusieurs jours « et nous ne savons pas oĂą en sont les tractations qui se continuent et dont nous espĂ©rons chaque jour savoir quelque chose Â». [Projet d’Alexandre Baudet-Dulary, dĂ©putĂ© de Seine-et-Oise, concernant la fondation du phalanstère dans sa circonscription, Ă  CondĂ©-sur-Vesgre]. Victor va chercher un appartement pour Paul, le fils de Clarisse, qui arrivera le mois prochain Ă  Paris. Mlle Beuque le presse d’aller Ă  Lyon, mais il pense qu’il est mieux d’attendre « que l’on ait rĂ©alisĂ© les projets qui reçoivent dĂ©jĂ  ici leur commencement d’exĂ©cution. D’ailleurs j’aurai bientĂ´t probablement Ă  m’occuper du lever de notre terrain phalanstĂ©rien. Vous verrez bien que les actions vont arriver pendant l’hiver en plus grande quantitĂ© qu’il ne sera nĂ©cessaire.

V. Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée.

Oh ! Dieu qu’il me tarde d’être au printemps et que j’ai donc par-dessus la tĂŞte des misères et des ennuis de la civilisation. Vraiment nous avons plus Ă  souffrir nous qui analysons et sentons le mal et savons bien que tout cela n’est pas nĂ©cessaire. Un civilisĂ© est un ĂŞtre comparable Ă  l’homme condamnĂ© aux galères Ă  perpĂ©tuitĂ© et qui a pris son parti – il n’a jamais rien vu, rien espĂ©rĂ© rien dĂ©sirĂ© d’autre – nous nous rongeons notre frein, nous voulons hâter l’heure de la dĂ©livrance et nous souffrons de toutes les peines de l’attente en outre des peines rĂ©elles. – il est bien vrai aussi que nous sommes soutenus par une large et belle espĂ©rance. Mais la foi seule n’est pas remède Ă  tous les maux. Â» Enfin, il se plaint du froid qu’il fait dans le Bureau oĂą il Ă©crit et oĂą l’on n’a pas allumĂ© de feu.

 

V. [Paris], 19 et 20 septembre [1835], [Ă  Clarisse Vigoureux]. 4 pp. bi-feuillet. Avec enveloppe adressĂ©e Ă  « Madame Clarisse Vigoureux / aux Usines de Montagney / par Vesoul / hautes SaĂ´ne Â». [Clarisse Vigoureux Ă©tait nĂ©e aux forges de Montagney]. Cachet de cire rouge Ă  son chiffre et marques postales. Petite fente Ă  la pliure.

V. Considerant. A Clarisse Vigoureux.

Il aborde de nombreux points financiers, notamment concernant la Phalange et la Destinée sociale, et suspecte Muiron de détournement de fonds.

Le samedi soir, il se plaint, en une vĂ©ritable dĂ©claration d’amour, de ne pas recevoir de ses nouvelles : « initiez-moi bien dans cette vie de Montagney afin qu’il n’y ait pas d’anneaux rompus dans notre vie intime. Quel bonheur de parler Ă  vous, de vous Ă©crire, de vous parler, vous que j’aime mieux que tout au monde, car voyez cela est bien vrai que je ne pourrai jamais rien aimer mieux, rien aimer autant que je vous aime. Â» Le temps maussade l’incite Ă  l’inaction. Il a consultĂ© un notaire, ami intime de Bixio [Alexandre Bixio avait fondĂ© avec Buloz La Revue des Deux Mondes] ; le notaire conseille une hypothèque d’un de ses amis pour le cautionnement [probablement pour la publication de la nouvelle revue de l’École, La Phalange, qui commencera le 10 juillet 1836]. « J’imagine donc que Grea devrait nous prĂŞter hypothèque pour nos 75 mille fr. Il sait bien qu’il n’y a pas de risques Ă  courir et d’ailleurs nous le rendrons parfaitement sĂ»r par une 15ne de signatures inconnues des banquiers civilisĂ©s mais toutes connues de Grea et plus que suffisantes Ă  ses yeux s’il est quelque peu raisonnable et de bonne volontĂ©. » [Adrien GrĂ©a, dĂ©putĂ© du Doubs, Ă©tait le cousin germain de la mère de Victor Considerant]. « Si GrĂ©a ne veut pas, nous pourrons rĂ©unir les biens d’Ordinaire, Chapelain et autres, et faire fond suffisant Â». [Edouard Ordinaire Ă©tait alors mĂ©decin fouriĂ©riste]. Le dimanche matin, il poursuit sa lettre, après en avoir reçu une de Clarisse. Il la rassure sur ses finances, et Ă©voque l’aspect financier de ses projets : « je ne suis pas Ă  court d’argent. D’ailleurs j’ai en ressource un billet de 400 fr que nous a envoyĂ© dans le temps Muiron comme acompte de ce qu’il devait envoyer. [Just Muiron, premier disciple de Fourier, fondateur du journal bisontin L’Impartial]. Il Ă©choit seulement dans le mois d’octobre mais je pourrai le nĂ©gocier si j’avais besoin avant l’échĂ©ance. N’ayez aucune inquiĂ©tude sur toutes ces affaires d’argent ; si j’en avais pressant besoin, j’en trouverais ici sans difficultĂ©. Je suis content de ce que vous me dites de Dorian [Pierre-FrĂ©dĂ©ric Dorian, très liĂ© Ă  Victor, a Ă©tĂ© engagĂ© comme commis Ă  Montagney-Servigney par le maĂ®tre de forges franc-comtois Joseph Gauthier, frère de Clarisse Vigoureux].

Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée.

De l’argent de l’argent, c’est le point fondamental maintenant. Du reste je vais organiser une assurance mutuelle pour que ceux qui se mettent en avant soient garantis contre des pertes trop fortes. Je vais Ă©tablir cela dans la circulaire que vous ne tarderez pas Ă  recevoir. Â» Il se plaint de Muiron, qu’il suspecte de dĂ©tournement de fonds au profit de son propre journal : « Je vous avoue que je ne comprends plus rien Ă  ce pauvre Just. Est-ce que nous lui avons jamais demandĂ© de l’argent de lui ? il y a six ou huit mois qu’il nous a dit que sur les 2,000 fr. que GrĂ©a me donne et que Muiron lui doit, il pouvait lui Muiron nous en donner onze cents en attendant le reste. D’un autre cĂ´tĂ©, il a placĂ© les quatre billets d’Ordinaire et de vous et comme vous avez donnĂ© Ă  St Ag[athe] mille fr plus le prix de mon premier vol. qui s’élevait Ă  2 mille 6 cents et quelques fr., il est Ă©vident qu’en supposant qu’il ait intĂ©gralement payĂ© St Ag. il lui reste encore Ă  nous une bonne somme. [Antoine Louis de Saint-Agathe, libraire-imprimeur Ă  Besançon, Ă©tait très liĂ© aux fouriĂ©ristes ; il fut l’imprimeur des deux premiers volumes de DestinĂ©e sociale de Victor Considerant, puis quelques annĂ©es plus tard du troisième volume. Muiron servait d’intermĂ©diaire et de trĂ©sorier entre les sociĂ©taires et le libraire]. Je ne sais pas si son intention est d’affecter dans ce moment-ci une partie de cet argent au cautionnement de sa guenille d’Impartial : puisqu’il est journal de la prĂ©fecture et qu’il est bien sĂ»r Ă  Besançon, qu’il n’est pas sujet Ă  amende, il peut bien se faire faire son cautionnement, d’ailleurs c’est Ă  la prĂ©fecture et non Ă  nous de le faire. Si nous Ă©tions en fonds Ă  la bonne heure, et pour rendre service Ă  l’homme encore, car pour ce qu’il fait relativement Ă  la cause, hĂ©las, ça ne pruge [?] guère comme on dit en Franche-ComtĂ©. Â» Il ne souhaite cependant pas le fâcher : « toutefois, comme je crois que nous aurons de l’argent dans le courant de l’annĂ©e en doze suffisante, il faut tacher de ne le pas tourmenter relativement Ă  l’argent de GrĂ©a, et lui laisser Ă  ce sujet toute latitude. Quand au billet d’Ordinaire il faudra bien que cela paye mon livre. Il les a nĂ©gociĂ©s pour cela et pas pour son cautionnement. – Nous pouvons considĂ©rer que nous avons Ă  nous 8 mille fr par le titre de Mlle Bruad que nous vendrons quitte Ă  lui remplacer plus tard quand elle l’exigerait en donnant avis 8 mois d’avance : nous pourrions mĂŞme demander un plus long terme. D’ailleurs je crois qu’elle ne demande pas mieux que de laisser son argent placĂ© comme il le sera en garantie sous votre signature. Â» Il la rassure quant Ă  ses courriers adressĂ©s Ă  Muiron : « Comptez que je n’écrirai rien que de convenable Ă  Besançon. Je serai sensĂ© ignorer ce que vous m’avez dit : seulement je prierai Muiron de donner avertissement Ă  Lechevalier que l’on serait bien aise qu’il pensât Ă  ces 1600 fr dans sa liquidation. Â» [Jules Lechevalier, saint-simonien convertit au fouriĂ©risme, interdit lors d’une de ses confĂ©rences Ă  Besançon, avait Ă©tĂ© accueilli dans les colonnes du journal de Muiron, L’Impartial. Il avait quittĂ© l’école en 1834].

Les rapports entre Considerant et Muiron étaient tendus, ce dernier sera l’un des principaux opposants à Victor lors de la scission du mouvement en 1837.

 

VI. Paris, mardi 29 août 1837, [à Julie Vigoureux, à Montagney]. 4 pp. bi-feuillet.

Suite Ă  de rumeurs inquiĂ©tantes, il donne des nouvelles rassurantes de Fourier [il devait mourir cependant le 10 octobre] ; il Ă©voque la scission qui agite le mouvement.

« Je ne vous ai pas parlĂ© de la santĂ© de Fourier parce que c’est toujours la mĂŞme chose que quand vous ĂŞtes parties. Il allait assez bien dans ce temps-lĂ  et c’est de mĂŞme maintenant. Ne craignez rien pour lui maintenant, la saison lui est favorable. S’il lui arrivait d’ailleurs quelque accident, ce que je ne redoute pas aujourd’hui, je vous en prĂ©viendrais de suite Â». Il se plaint amèrement de la naĂŻvetĂ© de Tamisier [Alphonse Tamisier, fouriĂ©riste, futur dĂ©putĂ© du Jura] : « J’ai vu avec la plus grande vexation la sottise de ce lourdeau de Tamisier, qui est bien le plus excellent cĹ“ur du monde, mais qui est d’une naĂŻvetĂ© des plus primitives et qui en voulant nous servir avec ce jĂ©suite de Lapeirière ne fera que des gaucheries dont les autres profiteront pour nous nuire.

V. Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée.

Je lui ai Ă©crit pour rĂ©parer sa sottise ; puis j’ai, Ă  diner, parlĂ© Ă  Fourier d’une façon Ă  empĂŞcher tout mauvais effet. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il nous fĂ®t promptement quelque bonne et nerveuse chose comme il en fait si bien quand il est en santĂ© pour empĂŞcher les allarmistes, très bien intentionnĂ©s d’ailleurs, qui l’ayant vu fatiguĂ© et abattu ont cru le mal plus grand. Il a ri de ce que l’on jugeait sa tĂŞte affaiblie, il ne s’en inquiète pas le moins du monde et vous pouvez ĂŞtre parfaitement rassurĂ©e maintenant Ă  cet Ă©gard. Quand mĂŞme d’officieux amis lui apporteraient la pièce, il n’en tiendrait nul compte et ne s’en affecterait pas le moins du monde. C’est vous qui m’avez appris cette affaire, car j’ai bien reçu le fatras de Lyon, mais je n’ai eu ni le temps ni l’envie d’en lire un mot. Il est encore intact dans ma table. Tout cela est de la poussière incommode que la lettre que vous recevez aujourd’hui abattra en masse. Â» Il ira après-demain Ă  CondĂ© [colonie sociĂ©taire de CondĂ©-sur-Vesgre]. « Je croyais y passer huit ou dix jours et y finir mon volume (qui n’a presque plus rien Ă  avoir pour ĂŞtre fini) Â» [second volume de la DestinĂ©e sociale], mais la venue de son frère va probablement l’obliger Ă  revenir Ă  Paris. Il souffre de l’absence de Julie et de sa mère. Il Ă©voque un futur dĂ©mĂ©nagement suivi d’un sĂ©jour au bord de la mer. En guise de post-scriptum, il voudrait bien « que nos Dorian et Lecompte ainsi que Paul &c eussent souscrits ne fut-ce que pour des sommes microscopiques au projet de Travail prĂ©paratoire pour augmenter les noms… – Stimulez un peu nos forgerons. Â»  

 

La Phalange. En-tĂŞte.VII. Lauzanne, 21 septembre 1846, [Ă  sa femme, Julie Considerant]. 3 pp. bi-feuillet Ă  en-tĂŞte de La DĂ©mocratie pacifique – La Phalange – Librairie sociĂ©taire. Avec adresse au dos :  Â« Madame Julie Considerant / 10 rue de Seine / Paris Â». Marques postales de Vaud, Lausanne et Paris.

Il vient d’arriver Ă  Lausanne, bien logĂ© Ă  l’hĂ´tel du Faucon, par un temps maussade, et « jour de jeune dans toute la Suisse, jeune fĂ©dĂ©ral c’est-Ă -dire un vrai dimanche d’Ecosse : avec les brouillards et la pluie continue, c’était je te le jure peu rĂ©jouissant Â». Il Ă©voque ses confĂ©rences : « Je commence demain soir mes sĂ©ances ici. Le conseil municipal a mis sa salle Ă  ma disposition. Le moment n’est pas parfaitement choisi ; beaucoup de gens sont Ă  la campagne pour prĂ©parer les vendanges Â». Après une huitaine Ă  Lausanne, il ira Ă  Genève pour 10 ou 12 jours. Les talents de Julie ont Ă©tĂ© admirĂ©s, notamment Ă  Genève « oĂą l’on est connaisseur tu t’es acquis une rĂ©putation d’artiste de 1er style Â». [Julie avait suivi en 1842 Ă  Besançon un apprentissage de gravure sur mĂ©taux et elle avait gravĂ© un camĂ© en malachite reproduisant les traits de Fourier]. Victor doit abrĂ©ger sa lettre car « je dois aller voir des personnages qu’il convient de visiter avant mes sĂ©ances et l’on m’attend Â». 

Il tiendra à Lausanne 8 conférences, du 23 septembre au 3 octobre.

 

VIII. Genève, 21 octobre 1846, [Ă  sa femme, Julie Considerant]. 3 pp. bi-feuillet Ă  en-tĂŞte de la SociĂ©tĂ© pour la propagation et la rĂ©alisation de la thĂ©orie de Charles Fourier – La Phalange – Librairie phalanstĂ©rienne. Avec adresse au dos : « V. C. / Pour Madame Vor  Considerant /  au Bureau de la  / DĂ©mocratie pratique / 2 rue de Beaune / Paris Â».  

Fourier. La Phalange. En-tĂŞte.

Belle lettre sur ses conférences genevoises.

« Faute de n’avoir pu accomplir ma tournĂ©e telle que je l’avais projetĂ©e Â», il se rĂ©jouit de retourner Ă  Paris et de retrouver Julie. Il compte s’arrĂŞter deux jours Ă  Besançon et arriver Ă  Paris le 2 novembre. « Je suis bien aise d’être forcĂ© de retourner. Mon exposition commencĂ©e ici depuis quelques jours s’y dĂ©veloppe avec succès.

V. Considerant. Correspondance intime. Lettre autographe signée.

Les prĂ©jugĂ©s tombent devant ma parole, que c’est plaisir Ă  voir et de nombreuses sympathies se crĂ©ent autour de la doctrine. DĂ©cidĂ©ment le moment est venu d’un grand Ă©branlement des esprits : quelques annĂ©es de semailles encore et la moisson sera abondante. Â» Il regrette ensuite que Julie ne soit pas près de lui, ils seraient allĂ©s se promener en montagne. Ce n’est que partie remise. « Il faudra bien qu’avant peu je t’amène avec moi en Suisse. Je devrai revenir ici pour la cause, et comme nous [ne] serons plus si pauvres, je pourrai t’emporter dans mon prochain voyage de cornète [sic] apostolique. Â» Il a hâte de la revoir dans leur nouvel appartement. En post-scriptum, il lui demande de dire Â« Ă  ces messieurs de ne pas imprimer que Neuchatel est prĂŞt Ă  faire une rĂ©volution et d’adoucir beaucoup ce que leur envoie Guyorneau : il voit en Suisse le Socialisme et le Communisme beaucoup plus dĂ©veloppĂ©s qu’ils n’y sont rĂ©ellement. Â»

Le gouvernement cantonal avait autorisĂ©es ses confĂ©rences (« expositions ») Ă  Genève, Ă  condition que le programme lui en fĂ»t soumis. La salle proposĂ©e par l’exĂ©cutif municipal paraissant trop petite, on loua celle du Casino, la plus vaste après celle du théâtre, Ă  deux pas de la cathĂ©drale de Saint-Pierre. Considerant avait donnĂ© son cours au lendemain d’une rĂ©volution ouvrière menĂ©e par le Parti radical de James Fazy (le 3 octobre) et au moment d’importantes Ă©lections ; c’étaient des circonstances peu favorables, mais « il a pourtant plusieurs fois, le souvenir en est vif, transportĂ© son auditoire. Eh bien ! qu’il revienne dans quelques mois, l’œuvre de notre rĂ©gĂ©nĂ©ration sera accomplie, son auditoire sera plus sympathique et plus nombreux, il profitera des dĂ©sillusions de la victoire et des regrets des vaincus, tout ce qu’il y a de bon et de sain dans Genève l’applaudira, et la Rome protestante pourra peut-ĂŞtre devenir la Rome socialiste. » (voir Marc Vuilleumier, Autour des confĂ©rences de Considerant Ă  Genève (octobre 1846), Cahiers Charles Fourier, 2008 / n° 19).

 

V. Considerant. Signature autographe.

 

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