L’activité des échelles d’Alexandrie, de Candie et de Tripoli en Syrie sous Louis XV.

Flamenq

 

[François Joseph Flamenq (mort le 23 aout 1757 à Tripoli en Syrie), chancelier du consulat de Candie [Héraklion], en Crète, puis de celui Tripoli en Syrie.] Registre de sa correspondance, vers 1760, rédigé par un proche, probablement son beau-père, Monsieur du Teil, consul à Candie. Correspondance échangée du 1er juillet 1750 au 15 mai 1760, Alexandrie, Toulon, et principalement Candie (où Flamenq arriva le 7 avril 1751), puis La Taquie [Lattaquié] et Tripoli en Syrie. Petit in-folio de [6] pp. de Table, 158 pp. manuscrites, 2 pp.  blanches. Fin cartonnage ivoire de l’époque, couverture muette piquée présentant quelques fentes au dos.

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D’abord basé à Alexandrie, par suite du Mémoire sur la Caravane d’Alexandrie pour l’Italie (pp. 1 à 12) qu’il a adressé à la Cour en 1750, analysant la préférence donnée par les Italiens aux bâtiments étrangers (contrôles, administratif et droits élevés), François-Joseph Flamenq est nommé à la chancellerie du vice-consulat de Candie en 1750, où il remplace Arazy. Il fournit de précieuses informations sur l’activité maritime de deux ports méditerranéens des échelles du Levant sous Louis XV, celui d’Alexandrie tout d’abord, à travers le Mémoire qu’il adresse à la cour, puis principalement celui de Candie, aujourd’hui Héraklion, en Crète. Les échelles du Levant sont les ports et les villes de l’Empire ottoman, situés au Proche-Orient ou en Afrique du Nord, pour lesquels le sultan avait renoncé à certaines de ses prérogatives, notamment en matière juridique, en faveur de négociants français, principalement marseillais. Ceux-ci dépendaient alors directement du roi de France qui leur octroyait des privilèges. Les relations commerciales entre la France et les échelles permirent à la ville de Marseille de connaître une grande prospérité à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. Cette activité commerciale déclina progressivement jusqu’à la Révolution. François Joseph Flamenq, cousin de madame Villeneuve de Trans-Martelli, donne des détails sur son activité et ses travaux (un Code du Levant en 1752 et son abrégé en 1753, concernant des ordonnances, textes de lois et procédures propres aux chancelleries du Levant, gratifié de 150 livres par le Roi, un Mémoire sur la Députation des échelles du Levant : réduction des droits du Consulat dans toutes les échelles sur un pied uniforme, modération de celui d’avarie, etc. adressé en 1756 (pp. 101 à 113), avec réponse défavorable et motivée de Vergennes, sur quelques affaires qu’il a à traiter, sur la peste fin 1753, expose ses théories sur l’amélioration du commerce face à la concurrence étrangère, évoque la tyrannie d’Ibrahim Kiaya dont le renversement pourrait impacter les échanges commerciaux avec les turcs, tout en exprimant au fur et à mesure son dépit de la médiocrité de l’échelle de Candie, ne rapportant que 130 livres par an, « modicité  de ce poste, où je ne puis me soûtenir […] depuis près de quatre ans que je suis ici, il y a eu en tout 59 bâtiments d’entrée et on n’a fait que 39 contrats, qui, avec les visas de patente, font tout le capital de cette chan[celler]ie n’ayant ici ni nation, ni com[m]erce […] le plus modique et le plus infructueux de tous les emplois du levant », et son espoir de plus en plus marqué d’une mutation ou d’être nommé comme consul, rappelant ses ouvrages, son zèle dans sa charge, et les 20 ans de service aux armées de son père qui s’y est ruiné. Il est finalement nommé à la chancellerie de Tripoli en Syrie en mai 1756, avancement qu’il refuse, le considérant comme ayant « tout l’air d’une punition […] le plus mauvais poste du Levant », comme il s’en explique à son ministre. Ce dernier lui répond assez sèchement, et lui rappelle l’impossibilité de le maintenir à Candie au vu du poste de consul occupé par son beau-père, situation contraire aux Ordonnances. Il se soumet et s’embarque le 9 mars 1757, arrive à Alexandrie le 4 avril d’où il repart le 11 mai, arrive à Chypre le 14, d’où il repart le 20, arrive à Lattaquié le 22, puis enfin à Tripoli le 12 juin, évoquant les difficultés de voyager à cause des risques de guerre et des corsaires anglais. A Lattaquié, il participe à l’action menée concernant la restitution du bâtiment du capitaine Reynaud pris par deux anglais. Dans la nécessité, il sollicite auprès de Vergennes, ambassadeur à Constantinople, la prise en charge de ses frais de voyage, plus de 107 piastres, soit plus de 322 livres (2 juin 1757), qui l’invite à solliciter directement le ministre de la Marine, ce qu’il fit de Tripoli. « … je suis dans le plus mauvais païs du monde, et mon poste est si mauvais que M. le consul et les négotians n’ont pas hésité de l’attester dans une assemblée tenue à ce sujet et par laquelle ils ont voulu apporter quelque soulagement à mes peines en demandant au Ministre les ordres p[ou]r me gratifier de la caisse nationale de la somme de 600 livres. » La « Minute d’assemblée en faveur du chancelier de Tripoly de Syrie » est retranscrite, précisant au passage l’état médiocre de l’échelle, aux émoluments de « cent piastres en tems de paix, et qu’il s’en faut de beaucoup aujourd’hui que la chancellerie rende cela par raport à la guerre ne venant qu’un bâtiment de France pour les soyes par année, et n’en venant presque point en carravanne ».

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Il mourra, vraisemblablement de maladie, le 23 août suivant, dans un pays, écrit son épouse, dont « l’air si meurtrier […] l’enleva dans moins de trois mois ».

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Le roi gratifiera sa veuve d’une pension de 300 livres dont 200 réversible à sa fille posthume, sur les invalides de la Marine.

Flamenq correspond avec Rouillé, marquis de Joui, ministre de la Marine (concernant son Mémoire sur la Caravane de l’échelle d’Alexandrie et ses doléances), puis avec son successeur en 1754, M. de Machault, avec Leguay, commissaire et premier commis de la Marine à la Cour, Magy, consul de France à La Canée, en Crète, Pignon, Inspecteur du commerce du Levant à Marseille, Charron, commissaire général de la Marine et inspecteur du commerce à Marseille, Isnard, archiviste de la Chambre de commerce, avec le comte des Alleurs, ambassadeur de France à Constantinople, dont il dépend, et avec son successeur en 1755, le chevalier de Vergennes, avec de La Porte, consul de France à Rossete [sic] en Egypte, qui lui envoie « deux cailloux d’Egypte pour une tabatière », Joinville, consul de France à Salonique puis au Caire, qui, y étant nommé, souhaite recevoir son Mémoire, du Teil, consul à La Canée, qui deviendra son beau-père, Clairambault, consul à Tripoli de Syrie puis à Salonique, qui relate son voyage et son nouvel établissement « on a bien tort de vanter les agremens et les franchises de Salonique », puis celui du 12 au 22 juillet 1751 vers Tripoli, confiant, malade, ses premières impressions, fort négatives, à son arrivée dans cette échelle : « les postes d’ici ne valant pas le Diable de même que le Païs », avec Madame de Villeneuve de Trans Martelli, lieutenante générale à Toulon (sa cousine, le recommandant pour un consulat), avec la copie de l’autorisation donnée par Louis XV à son mariage avec Mlle du Teil (31 décembre 1755), fille ainée du consul de cette échelle, etc.

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La pagination passe de 94 à 99, interrompue par 3 ff. blancs, sans manque a priori dans le suivi de la correspondance.

Avec un mémento de navigation maritime. Petit in-folio de 28 ff. non chiffrés dont 3 laissés blancs. Vélin muet ivoire à rabat.

Le manuscrit, rédigé d’une écriture très lisible, comprend des réflexions et calculs en rapport avec l’astronomie : « Explication pour calculer les phases de la Lune par le moyen des Tables », « Calcul des marées » et explications, « Trouver l’heure du lever et du coucher du soleil par l’analogie », problèmes résolus sur la latitude d’un lieu, la déclinaison d’un astre, la boussole et la recherche d’azimut,  problèmes généraux de navigation, « Règle de navigation composée » (point d’estime), « Correction pour le loch ainsi que son sablier », « Modèle de billet pour présenter le point au Cap[itai]ne », « Manière de faire son point à midi ».

Suivi de la « Description sur les différents mouillages de la Côte [de Provence, Languedoc et Roussillon], ainsi que le danger remarquable ». Port Vendre, Collioure, Leucate, Agde, Sète (Cette), Aigues-Mortes, Saintes-Maries de la Mer, embouchure du Rhône, Port-de-Bouc, Cap Couronne, Marseille, Cassis, La Ciotat, Bandol à Saint-Tropez, Golfe-Juan, Antibes.

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Corps en partie détaché de la reliure, taches et comptes à l’encre sur les plats.

Cachet « P. V. » sur les deux documents.

800 €