Barbey d’Aurevilly misogyne

Barbey d'Aurevilly. Les Bas-bleus édition originale avec dédicaceJules Barbey d’Aurevilly. Les Bas-bleus. Paris, Victor Palmé et Bruxelles, G. Lebrocquy, 1878. In-12 de XXIII pages d’introduction, 1 page blanche, et 346 pages. Reliure du temps à la Bradel en plein velours bleu roi, pièce de titre en basane maroquinée havane, couverture bleu et rouge conservée.

Edition originale formant la cinquième partie de Les Œuvres et les Hommes.

Barbey d’Aurevilly y trace les portraits acides de femmes de lettres : « les femmes qui écrivent, dit-il,  ne sont plus des femmes. Ce sont des hommes, — du moins de prétention, — et manqués ! Ce sont des Bas-bleus ». A la remarque qu’on lui fit qu’il se donnait ainsi beaucoup d’ennemies, il répondit : « Quand elles seront mille, je me mettrai à la tête du régiment, les conduirai à la mort, et, comme elles seront derrière moi, j’aurai la joie de ne pas les voir ». Certains chapitres sont consacrés, entre autres, à George Sand « pédante rassise et doctrinaire et placide », à Louise Colet « union, pittoresquement claudicante, d’une Gorgone et d’une Madame Trissotin », ainsi qu’à Mme de Staël « qui a gardé tous les défauts ondoyants, inconséquents, charmants et ensorcelants de la femme ».

Barbey d'Aurevilly. Dédicace misogyne.

 

Avec, à l’encre rouge, une belle dédicace inédite de l’auteur « À Arsène Houssaye / + / À mon ami, / Le connaisseur en / grâces de femmes, / Ces horribles disgracieuses ! / J. Barbey d’Aurevilly ». Jean de Bonnefon décrit comment l’auteur écrivait ses « fulgurantes ou bienveillantes dédicaces […]. Cela se passait le plus simplement du monde. M. Barbey d’Aurevilly prenait un livre, l’ouvrait à la page de garde, et de sa puissante main écrasait une ligne, deux lignes, qui toujours contenaient une idée ».

Barbey d'Aurevilly à Arsène Houssaye

Exemplaire enrichi d’une enveloppe autographe de Barbey d’Aurevilly, à l’encre bleue soulignée de rouge, adressée à « Monsieur / Arsène Houssaye / avenue Friedland / 49 / Paris » portant mention « Très pressé » dans le coin supérieur droit ; l’enveloppe timbrée est contrecollée sur une page de garde. Arsène Houssaye, « un des derniers grands chênes de la forêt romantique », comme le qualifia Zola, était intervenu en 1874 pour éviter à Barbey un procès lors de la publication des Diaboliques

Henry Houssaye. Ex-libris

 

De la bibliothèque d’Henry Houssaye, historien et critique d’art, académicien, fils d’Arsène Houssaye, avec son ex-libris gravé ; suivi d’un autre ex-libris gaufré présentant un lion argenté tenant une rose et les initiales A.E., le tout sur fond bleu.  

 

Vicaire, Manuel de Livres du XIXe siècle, t. I, col. 300. La dédicace manque à J. de Bonnefon, Les Dédicaces à la main de M. J. Barbey d’Aurevilly, Paris, Blaizot, 1908.

Dos râpé. Très bel exemplaire cependant, avec un envoi remarquable et à la provenance prestigieuse.

 

[Enrichi d’une :]

Lettre autographe signée de l’auteur, Jules Barbey d’Aurevilly, Hôtel Granval, Dimanche 23 [décembre 1877], à Victor Lalotte. 3 pages et 1 ligne in-8°, enveloppe autographe adressée à « Monsieur / Victor Lalotte, / 57 boulevard Montparnasse /57 // Paris. » (timbre découpé, cachet de cire rouge à sa devise « Trop tard » apposé sur son autre devise imprimée « Never more »).

Très intéressante lettre sur les droits de ses Bas-bleus.

« Mon cher Monsieur Lalotte,

J’étais endormi sur votre bonne lettre, quand une lettre de Nicolardot est venu très désagréablement me réveiller.

Il me mande qu’Amyot est allé chez Palmé & qu’il y a dit : qu’il allait me faire un procès en police correctionnelle pour stellionnat.

Barbey d'Aurevilly. Lettre autographe signéeC’est odieux et profondément bête. Mais il faut croire à la bêtise humaine, parce que c’est ce qu’il y a au monde de plus commun.

Seulement, je voudrais savoir si le propos a été tenu. Faites-moi donc le plaisir d’allet chez Palmé et de le lui demander.

Barbey d'Aurevilly. Lettre autographe signéeDans tous les cas, nous sommes à l’abri, je pense, de cette ignoble accusation. J’étais de la plus entière bonne foi, en vendant à Palmé, après les refus du Père Amyot de prendre mes bas-bleus, – refus répétés avant sa faillite. M. Nicolardot, lui-même, qui était souvent mon intermédiaire auprès du père Amyot, lui a, comme moi, souvent proposé le manuscrit des bas bleus, et Amyot lui a finalement répondu : que j’étais libre de faire des Bas bleus tout ce que je voudrais, et l’autorisant à me le dire, lui, Nicolardot.

Ce qu’en justice, Nicolardot, – me dit-il – affirmerait.

Cependant, et quelques armes que nous ayions, cette idée du procès en stellionat est pour moi une inquiétude.Rassurez-moi. Si nous avions fait des offres réelles, le procès, s’il doit venir, ne viendrait qu’au civil. Mais n’est-ce pas des offres réelles & même mieux que des offres réelles la mise en demeure que nous avons faite à M. Amyot de formuler ses prétentions ?.. Je pense et ne pensez-vous pas qu’il faudrait le revoir et le presser de dire ce qu’il veut, – Car j’en veux finir de cette désagréable affaire, qui ne vaut pas le tourment qu’elle me donne & dont la préoccupation m’empêche de bien travailler.

Barbey d'Aurevilly. Lettre autographe signéeSi vous m’aimez, mon cher Négociateur – et je n’en doute pas, – répondez-moi poste pour poste. Vous savez que j’ai toujours en moi l’épée de l’inquiétude dont incessamment je me laboure le cœur. Ayez pitié de cela, et répondez-moi.

En toute confiance, votre ami

      Jules Barbey d’Aurevilly

 Ecrit dans ma main & en toute hâte.

répondez. »

[Avec au verso :]

« Au 31 Xbre ! »

 

Le stellionat est le nom donné à une fraude caractérisée par le fait qu’une personne ait vendu, ou qu’elle ait hypothéqué un bien qu’elle savait ne pas lui appartenir. Il désigne aussi pour le vendeur, le fait d’avoir caché à son acheteur l’existence d’une hypothèque grevant le bien qui est l’objet de la cession.

Barbey avait traité avec Amyot pour l’édition des cinq tomes, y compris le dernier, Les Bas-Bleus, avant qu’il ne fasse faillite. Dès 1873, il avait cependant entamé des négociations avec Palmé, qui publiera finalement en 1878 Les Bas-bleus, volume V, dans la série Les Œuvres et les Hommes. Les craintes de l’auteur sont donc fondées, et les revendications d’Amyot justifiées.

Correspondance générale, t. VIII, p. 135.

 

Barbey d'Aureviily. Cachet de cire rouge.

2 500 €