Honoré Daumier. Matrice originale en bois gravé du « Journaliste » des « Cent et un Robert-Macaire » avec un bel exemplaire.

Daumier. Bois gravé "Le journaliste".

 

Daumier. Bois gravé "Le journaliste".

Honoré Daumier. Robert-Macaire journaliste. Matrice en bois gravé monogrammée « h D », sans date [ca. 1836], portant au dos la mention manuscrite à l’encre : « Daumier / Robert Macaire / Banquier », puis, à l’envers et d’une autre main : « page 225 ». (Dim. 14,5 x 20,4 x 2,4 cm).

Ce bois, dont nous n’avons pas trouvé l’impression, fut repris en tirage lithographique avec de nombreuses variantes dans la série « Les Robert-Macaires par Daumier & Ch. Philipon, galerie morale des voleurs, spéculateurs, dupeurs, tireurs, enfonceurs et blagueurs divers que nous rencontrons dans Paris », Caricaturana n°3, publié en réduction lithographique sous le n° 12 des Cent et un Robert-Macaire, à Paris, chez Aubert et Cie, éditeurs du Musée pour rire, en 1839, 2 vol. in-4°. La lithographie est intitulée « Robert-Macaire journaliste », et non « banquier », « Robert-Macaire banquier » étant illustré tout autrement. Daumier aurait-il modifié la destination de sa caricature, ou est-ce une erreur du graveur ou de l’imprimeur ?

Notre Robert-Macaire « journaliste » est néanmoins plutôt patron de presse que rédacteur, d’où peut-être le qualificatif de « Banquier » au dos du bois. Il est assis devant son bureau, enveloppé dans une robe de chambre extravagante, se tient avec nonchalance dans un fauteuil. Il désigne sur un meuble secrétaire une affiche portant en gros caractères « La Blague / Journal / Physionomie / Actions ». Devant lui, sous les traits caricaturés de Charles Philipon, (cf. son buste-charge par Daumier), le directeur du Charivari et concepteur des Robert-Macaire, Rigobert est assis sur une chaise, très raide, son chapeau et sa canne à la main ; derrière lui, « droit comme un mur mitoyen », Bertrand, le serviteur de Robert-Macaire, un plumeau sous le bras, enlève avec précaution le portefeuille du malheureux visiteur. Robert-Macaire tente de convaincre son ami, fondateur de journaux provinciaux qui ne paraissaient jamais et qui a eu « jusqu’à sept abonnés dans [son] département », d’entrer dans le capital de son journal parisien. Il développe avec aisance et aplomb ses fumeuses et extravagantes combinaisons. Espiègle clin-d’œil de Daumier à son ami Charles Philipon, auteur des légendes des Robert-Macaire, dont celle du n° 100, « Robert-Macaire chez monsieur Daumier » définissant le recueil, « portrait fidèle d’une foule de coquins qu’on retrouve partout, dans le commerce, dans la politique, dans la finance, partout ! partout !!…», ici lui-même victime de ce coquin !

Daumier. Les Cent et un Robert-Macaire. "Le journaliste".

Daumier. Bois gravé "Le journaliste". Inversé.
Représentation inversée

Outre les dimensions, plus grande que celles du tirage de l’édition de 1839 (11,2 x 13,7 cm), et plus petite que la lithographie publiée par Daumier dans Le Charivari le 10 septembre 1836 (23,7 x 27 cm), notre bois présente de nombreuses différences avec les lithographies, ne serait-ce que le monogramme du caricaturiste qui ne figure pas sur les lithos. Le visage de Robert-Macaire est découvert, celui de Bertrand est plus expressif, le texte du journal a changé (tel « Physionomie » au lieu de « Physionotype »), diffèrent également le siège de Rigobert, la position des jambes de Robert-Macaire, le bureau, etc.

Hazard & Delteil, Catalogue raisonné de l’œuvre lithographié de Honoré Daumier, p. 235, 991. III. [pour la publication dans Le Charivari, 10 septembre 1836].

Fragments de décharge inversée d’une étiquette publicitaire rouge au dos du bois.

Daumier. Bois gravé "Le journaliste".

 

Honoré Daumier [–  Charles Philippon & Maurice Alhoy – Louis Huart]. Les Cent et un Robert-Macaire composés et dessinés par M. CH. [sic] Daumier sur les idées et légendes de M. Ch. Philipon, réduits et lithographiés par MM. ***, texte par MM. Maurice Alhoy et Louis Huart. Paris, Aubert et Cie, éditeurs du Musée pour rire, 1839. 2 tomes en 1 volume in-4° non paginé de 3 ff., 50 livraisons de 4 pp., 2 pp. de table, 1 f. ; 3 ff., 51 livraisons de 4 pp., 2 pp. de table, 1 f. Texte encadré d’un double filet noir. Demi-maroquin violine à long grain à coins, dos lisse romantique, titre doré, année dorée en pied, double filet doré aux plats, tranches peignées, la 1ère de couverture en cartonnage recouvert de papier jaune illustré par Célestin Nanteuil a été conservée. (Pouillet).

Daumier. Les Cent et un Robert-Macaire.

Exemplaire illustré en noir ; les planches de cette publication sont la réduction des 100 lithographies publiées par Daumier, avec les légendes de Philipon, de 1836 à 1838. Chaque lithographie est numérotée.

Quelques différences avec la description faite par Vicaire : le nom de l’imprimeur est au v° du 2e faux-titre, et non au v° du faux-titre, la mention « fin du premier volume » est au recto, et non au verso du dernier f. et l’exemplaire est sans les 2 pp. de publications d’Aubert et Cie, enfin, les noms d’imprimeur ne figurent pas sur les livraisons signalées.

Daumier. Les Cent et un Robert-Macaire.

« C’est la peinture exacte des voleries de notre époque, c’est le portrait fidèle d’une foule de coquins qu’on retrouve partout, dans le commerce, dans la politique, dans le barreau, dans la finance, partout, partout…» (n° 100, « Robert-Macaire chez monsieur Daumier »). Selon Deltteil, « la série la plus populaire peut-être de l’œuvre de Daumier », « celui qu’on a surnommé d’un avis unanime, le “Michel-Ange de la satire” ».

Exemplaire remarquablement établi par Louis Charles Alexandre Pouillet (Paris, 1841-1910), actif à Paris vers 1870 au 5 rue du Pont-de-Lodi, puis au 3 cours du Commerce-Saint-André. À sa mort, sa fille a repris son atelier et a exercé jusque vers 1950.

Bibliothèque du château de Rozais

Ex-libris, gravé par Henry André, de la bibliothèque du château des Rozais 1908, résidence de la famille rémoise de Louis Pommery qui le fit construire en 1869 par l’architecte Alphonse Gosset, à Rilly-la-Montagne, où il aménagea une bibliothèque riche de près de 6 000 ouvrages. 

Vicaire, Manuel de l’amateur de livres du XIXe siècle, I, 31-32 et VI, 572-576 ; Delteil, Manuel de l’amateur d’estampes du XIXe & du XXe siècles, I, 174-175 et 181.   

Quelques cahiers brunis, quelques rousseurs ; quelques très légers frottements à la reliure.

Bel exemplaire.

Le bois et l’exemplaire 4 500 €. Réservé.