Notes de lecture inédites de Gustave FLAUBERT, étudiant âgé de quinze ans, sur la 9ème leçon du Cours d’Histoire moderne de François GUIZOT

 

Flaubert manuscrit de jeunesse inédit

 

Gustave FLAUBERT (1821-1880). Loi salique. Manuscrit autographe, [Rouen, 1837]. 2 pp. in-folio. Emboîtage et étui magnifiquement réalisé par Benjamin Elbel.

Exceptionnel manuscrit inédit, probablement rédigé en septembre 1837, alors que Flaubert, âgé de quinze ans, terminait ses vacances à Rouen, avant sa rentrée en seconde. Il s’agit de ses notes de lecture sur la 9ème leçon du Cours d’Histoire moderne de François Guizot, dont il a inscrit le nom en haut à gauche, au-dessus de celui de Montesquieu ; il consultera l’article consacré au même sujet dans L’Esprit des lois.
Ces notes sur Guizot serviront au jeune Gustave pour son ouvrage intitulé Lutte du Sacerdoce et de l’Empire, que Conard catalogue comme inédit, et n’en donne que le plan. Voir Gustave Flaubert, Œuvres de jeunesse inédites, tome III, p. 319-320 (dans Œuvres Complètes, tome XIII, éd. Conard, Paris, 1910). Le manuscrit de Lutte du sacerdoce et de l’Empire est conservé au Texas, Université d’Austin, Humanities Research Center.

Flaubert manuscrit de jeunesse inédit
Flaubert cite, paraphrase ou résume le cours que Guizot avait publié quelques années auparavant dans son Cours d’Histoire moderne. Histoire de la Civilisation en France depuis la chute de l’empire romain jusqu’en 1789, Paris, Pichon et Didier, 1829, Tome I, 9ème leçon.
Il est remarquable que le jeune étudiant n’ait pas retenu les nombreuses considérations morales exposées par le grand historien.

Flaubert manuscrit de jeunesse inédit

Il n’est question de La Lutte du sacerdoce et de l’empire qu’une fois dans la correspondance de Flaubert, dans une lettre adressée à son ami Ernest Chevalier, le 22 ou 23 septembre 1837. Il avait alors 15 ans et finissait sa classe de troisième. Dans cette lettre, Flaubert écrit : « … il ne nous reste plus que peu de jours pour arriver au capout des vacances. Je vais les employer à travailler vigoureusement pour en finir avec deux choses dont l’une m’embête et la 2e m’amuse. C’est mon esquisse historique sur La Lutte du sacerdoce et de l’empire. Chéruel en partant m’avait dit : avec le plan que vous avez formé il vous fau[dra] au moins 2 bons mois et je n’ai presque rien fait . En 8 jours cependant la besogne sera bâclée. »
Au Collège royal de Rouen, où il était alors interne, Flaubert suivait les cours d’histoire d’Adolphe Chéruel, lui-même ancien du collège, et élève de Michelet. Plus tard Chéruel sera connu pour son Dictionnaire Historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, (Paris, Hachette, 2 vol. in-8°, 1855). Dans les lettres de Flaubert des années 1836-1838, il est question deux ou trois fois de Chéruel. Flaubert indique qu’il aime le travail qu’il fait pour lui. Le 24 juin 1837 il évoque cette orientation : « maintenant que je n’écris plus, que je me suis fait historien (soi-disant) » et le 30 novembre 1838 : « Je fais […] des études historiques pour Chéruel et fume des pipes pour mon intérêt particulier ». En tant qu’élève de Chéruel, Flaubert faisait des résumés et quelquefois traitait librement de vastes questions au nombre desquelles la Lutte du Sacerdoce et de l’Empire.

Flaubert manuscrit de jeunesse inédit

L’Inventaire Bidault, publié par René Rouault de la Vigne, ne comprend aucun des ouvrages utilisés par l’adolescent, tout au moins dans une édition antérieure à mai 1837 ; on peut supposer que Flaubert empruntait des livres à Chéruel, à des amis, ou qu’il travaillait à la bibliothèque de la ville de Rouen. On se rend compte que les œuvres des historiens modernes dont il se sert (Guizot, Hallam, Michelet et Thierry) sont relativement récentes, ayant toutes été publiées dans la décennie qui précède la rédaction de son essai. (Cf. J. Frey : Un inédit de Flaubert : la « Lutte du Sacerdoce et de l’Empire » (1837), dans la Revue d’Histoire littéraire de la France, juillet-octobre 1981, pp. 702-719). Il est à noter que sept volumes des Essais sur l’Histoire de France de François Guizot figurent dans l’inventaire après décès de l’auteur de Madame Bovary.

Précieux document inédit.

6 000 €