Pierre d’Espagne [Petrus Hispanus, pape Jean XXI] – Johannes Versor [nom latin de Jean Le Tourneur]. Dicta versoris super septe[m] tractatus magistri petri hyspani cum textu. Cologne, Heinrich Quentell, [14]89. Petit in-4° (21,5 x 14,5 cm) de 260 feuillets à 46 lignes, non chiffrés, le dernier blanc. (Signatures : a6, aa6, A4, B-X6, y4, AA-EE6, FF4, GG-II6, KK4, LL-TT6, UU4, XX6). Titre gravé sur bois, un grand bois et 2 schémas gravés sur bois dans le texte. Demi-peau de truie estampée à froid, dos à 3 nerfs, étiquettes de titre et de bibliothèque, attaches en cuivre sur les plats. (Reliure de l’époque).
Bel exemplaire des Summulæ logicales de Pierre d’Espagne, commentées par Jean Le Tourneur, en latin Johannes Versor ou Versoris, dominicain français mort vers 1485, réputé comme philosophe thomiste et commentateur d’Aristote. Il fut recteur de l’Université de Paris en 1458. Il est vraisemblablement représenté à la page de titre, la férule à la main, coiffé du bonnet, enseignant en chaire à quatre étudiants, dont l’un semble bien distrait et regarde ailleurs, possible allusion à l’augustinisme.
Pierre d’Espagne (Lisbonne, 1220 ?-1277), médecin, théologien, mais surtout logicien portugais, fut maître ès Arts à Paris avant 1246, date à laquelle il vint enseigner à la faculté de médecine de Sienne. Nommé archevêque de Braga (Portugal) en 1272, il devint l’année suivante cardinal-évêque de Tusculum et médecin du pape Grégoire X. Elu pape en 1276 sous le nom de Jean XXI, il mourut huit mois après son élection dans l’effondrement du toit de l’appartement qu’il avait fait construire pour y poursuivre ses études scientifiques.
Dans ses Summulae logicales Pierre d’Espagne détermine de manière concise les points qui sont exposés en détail dans les ouvrages de logique d’Aristote par Boèce et Porphyre, comme le précise Versor au début de son commentaire : « Iste est tractatus summularum magistri Petri Hyspani. In quo ipse compendiose determinat de his que in libris logice arestotelis Boetii et Porphirii prolixe tractantur ».
Manuel de logique, autrement dit de dialectique, l’un des sept arts libéraux de l’enseignement scolastique, formant le trivium avec la rhétorique et la grammaire, l’ouvrage est de fait destiné aux étudiants, la logique étant la mère des sciences, seule voie pour atteindre la vérité. Pierre d’Espagne débute d’ailleurs son traité ainsi : « [D]yaletica est ars artium et scientia scientiarum ad omnium methodorum principia viam habens. Sola enim dyaletica probabiliter disputat de principiis omnium aliarum scientiarum. Et ideo in acquisitione scientiarum dyaletica debet esse prior. » (La dialectique est l’art des arts et la science des sciences ouvrant la voie aux principes de toutes les méthodes. En effet, seule la dialectique argumente de manière crédible sur les principes de toutes les autres sciences. Et dans l’acquisition des sciences, la dialectique doit être prioritaire.)
A noter le magnifique « arbre de Porphyre » (H5r), forme arborescente de la logique aristotélicienne ; souvent représenté schématiquement, il est ici élégamment gravé sur bois, figurant à son pied, de part et d’autre, le professeur, homme de science, et le seigneur, l’épée au côté.
Les Summulae Logicales connurent un grand succès dans les universités européennes jusqu’au XVIIe siècle, comme en témoignent leurs nombreuses éditions et citations par les maîtres de toutes tendances. Notre édition fut éditée peu après la mort de Johannes Versor, et cet exemplaire fut étudié, comme en témoignent les nombreuses annotations rédigées en marge à l’époque (entre autres au 1er traité, A3v, B1v, B5r, C3-4), et même une biffure avec correction (D3v).
Le titre et les schémas (C1r et F6v) ont été, anciennement, légèrement rehaussés de rouge.
Une élégante lettrine en sépia figure en K5v.
Ex-libris ms. probablement à l’époque au verso du dernier feuillet, et quelques notes et essais de plume au contre-plat inférieur ; exemplaire à l’usage des Capucins du couvent de Vesoul, couvent créé au début du XVIIe siècle, et dont les moines tinrent un rôle essentiel quant à la démonstration du caractère surnaturel de l’ostension observée par de nombreux fidèles lors du miracle de Faverney.
L’étiquette de titre au dos est en partie manquante, la lanière des attaches en grande partie manquante également ; quelques trous de vers, quelques mouillures sans gravité, sans atteinte au texte sauf en a3-4, quelques rares rousseurs et cernes, quelques très petits travaux de ver sans gravité. L’exemplaire est complet et en un bel état.
Goff, Incunabula in American Libraries, V-241 ; Graesse, Trésor des Livres rares et précieux, VI, 288.
La logique d’Aristote, dans sa reliure germanique de l’époque, incunable particulièrement séduisant.
6 500 €











