Stéphane Mallarmé. La poésie est musique avant tout.

 

Stéphane Mallarmé (1842-1898), poète français. Lettre autographe signée « Stéphane Mallarmé », Paris, 29 Avril 1888, à « Monsieur » [Ernest Lefeuve]. 4 pp. bi-feuillet in-12 filigrané « Original stair’s mill ».     

                                                         

Très belle lettre inédite dans laquelle le poète exprime sa conception de l’art poétique : la Musique avant tout, au-delà des écoles.

Mallarmé. Lettre inédite sur la poésie.

Mallarmé remercie Ernest Lefeuve pour l’envoi de ses Poésies familières.

 « Je suis particulièrement sensible à votre envoi ; et à ceci que vous ayez cru à mon intérêt pour tout ce qui est le vers, ou la vieille et chère forme de la poésie jusqu’à présent ; en dehors, comme vous l’exprimiez, des questions d’écoles. Y en a-t-il même ? je me figure qu’il en est des poèmes comme des parfums, des étoffes, certains de subtils et de riches ; et d’autres […] qui, pour présenter un tissu ou un arôme moins raréfiés, ne manquent point à un emploi quotidien, comme de tendre et de parfumer le lieu de toutes nos heures. Tout existe, pourvu que cela chante […] » Il le complimente pour son recueil, et particulièrement « votre pièce Réminiscence, où se développe joliment le motif ».

Mallarmé. Lettre autographe inédite sur la poésie.

Ces lignes sont à rapprocher du fameux « Je fais de la Musique » qu’il écrira à Edmund Gosse le 10 janvier 1893, ainsi que de l’avertissement de François Coppée dans son Anthologie des Poètes français du XIXe siècle  paru la même année que notre lettre : « Lorsque tant de contemporains font de la peinture avec des mots, voici un poète qui s’en sert pour faire de la musique » (ed. Lemerre, 1888, vol. III, p. 47).

Mallarmé enseignait au lycée Condorcet (alors Fontanes) depuis 1871. Ernest Lefeuve, alors en rhétorique, jeune poète, fut l’un des fondateurs en 1882 du club littéraire « Les Moineaux Francs » dont les membres, tous poètes et élèves du lycée, admiraient les grands Parnassiens, Hugo, Hérédia, Leconte de Lisle et Sully Prudhomme ; en 1883, ils créèrent le journal Le Fou, périodique de 4 pages consacré à leurs poésies. Bénéficièrent-ils alors des conseils de Mallarmé, poète reconnu, qui ne devait quitter Condorcet qu’en 1884 ? Quoiqu’il en soit, l’administration du lycée n’apprécia guère la parution du journal et le proviseur interdît sa circulation dans l’établissement. Quant aux Poésies familières paru chez Alcan-Lévy cinq ans plus tard, le recueil fut bien accueilli : « Voilà un livre de poète ! Tout y est varié, naturel, spontané, sans prétention, et d’un sentiment délicat ou vigoureux. Dans toutes les notes, qu’il célèbre Crispin ou l’amour tendre, l’héroïsme ou les roses, l’auteur est poète. Et, parfois, il y a de la beauté vraie » (Charles Fuster, L’Année des poètes).

Trou marginal à l’emporte-pièce permettant de fermer la lettre par un filet de soie.

Manque à la récente Correspondance 1854-1898, publiée par Gallimard, dans la collection nrf, en 2019. Exceptionnel document.

 

Mallarmé. Lettre autographe inédite sur la poésie.

13 000 €