Élisabeth Vigée-Lebrun. Émouvant témoignage d’affection et d’admiration pour le peintre Franz-Niklaus König, probablement à l’occasion d’une prochaine séance de transparents organisée chez elle.

Mme Vigée-Lebrun admire KönigLouise-Elisabeth Vigée-Lebrun (1756-1842), peintre, admirable portraitiste. Lettre autographe signée, s.l. [Paris], « ce mercredi soir 7 février » [1821, à Louis-Aimé Martin (?), écrivain et journaliste]. 4 pp. bi-feuillet in-12.   

« voila, mon bien bon, la notule des vûes de Suisse de M Koenig [,] le meilleur des peintres de la Suisse [.] Je regrette infiniment  que vous n’ayez pas vue chez moi ces transparent, les cites sont de la plus grande vérité [;] vous les auriez reconnu [,] il les a animée par des effets mobilles, sois par la grâdasion du soleil couchant sur la montagne de la Vierge, plus un autre ou l’on voit peus a peu le lever de la lune, ce qui vraiment est magique ; Vigée-Lebrunon voit aussi dans les transparents une chapelle citué près du lac de Sug qui est d’un effet enchanteur. Les intermèdes de ses tableaux sont la plus part des paysanes des différents Cantons, avec leur costume, il y en a une surtout avec une lumière qui est d’un effet étonnant. Voila, mon bien bon, ce que j’écris sur la chose en général [;] vous pouvez sans exagération faire mettre dans le journal ce que je vous écris, en annonçant très positivem[en]t que personne n’a mieux encor rendue ces effets pitoresques, vous obligeré cet artiste qui est intéressant par son talent et parce qu’il est le meilleur homme posible, et qu’il soutient a lui seul une nombreuse famille [.]

Vous pouvez ajouter que ces tableaux transparens ont été vue apprécier et aplaudis chez par des artistes distingué et vûe aussi chez Mgr le duc d’orléans [.] Je désirais bien que vous puissiez venir samedi prochain a 8h et demi [;] Messenier ÿ lira une petite pièces que l’on dit très jolie [;] on désire fortement que vous lui donniez vos conseils [;] venez je vous prie. Je vous ferez voir un grand écrant en transparent de la chapelle près de Zug, cela vous donnera justement l’idée des tableaux de Mr Koenig (il la fait en petit pour moi). Faite donc votre possible pour venir samedi a 8h et demi.

Toute dévouée attachée. LeBrun.

Ce mercredi 7 février

J’ai souligné ce que vous pouvez arranger dans l’article que vous aurez la bonté de faire dans le journal [des Débats ?] je vous en serez bien reconnaissante [.] C’est mardi que ce sera exposé. »

Lors de son second voyage en Suisse, en 1809, Elisabeth Vigée-Lebrun fut hébergée à Undersée chez le peintre suisse Franz-Niklaus König (1765-1832), et à la fin de sa vie, dans ses Souvenirs, elle rédige la note suivante : « Le seul témoignage de reconnaissance que j’ai pu faire accepter à M. et madame König, c’est mon portrait à l’huile que je lui ai envoyé de Paris. M. König est venu à Paris montrer des tableaux de lui en transparens ; je les ai eus chez moi et tout le monde en était enchanté  » (Vigée-Lebrun, Souvenirs, lettre IX « Undersée », 1835-1837, III, p.19 et n.1). Notre lettre date probablement de cette époque.

Sans doute à l’occasion de son passage à Paris, König avait fait paraitre Diaphanorama, ou Peintures transparentes représentant les paysages les plus remarquables de la Suisse (s.l., 1821, in-8° de 16 pp.) ; il présentait ses transparents à la lueur des bougies lors de séances payantes qui connurent un grand succès. Elisabeth Vigée-Lebrun les décrit avec enthousiasme à son ami Louis-Aimé Martin, collaborateur au Journal des Débats, allant même jusqu’à souligner les éléments dont celui-ci devrait se servir pour la rédaction d’un article annonçant vraisemblablement la séance prévue le mardi prochain !

Vigée-Lebrun

Elle insiste sur le talent et les qualités humaines de König. Son admiration est des plus sincères, d’autant qu’il est probable qu’elle s’est inspirée du peintre bernois dans certaines de ses compositions ; en effet, dans La Fête des bergers à Unspunnen le 17 août 1808, elle semble avoir eu recours à l’œuvre de König pour la représentation des costumes traditionnels. « […] ses costumes de Suisse, écrit-elle à une amie, reçoivent un double intérêt de la manière dont il les a groupés, ce qui les rend supérieurs à ceux que beaucoup d’autres ont fait avant lui » (Cf. les art. de Paul Lang in Catalogue de l’exposition Vigée-Lebrun, Paris, Grand Palais, 23 / IX / 2015 – 11 / I / 2016,  éd. Réunion des Musées Nationaux, pp. 93 et 308).

 3 500 €

 

Vigée-Lebrun; Signature