Facétie de Jules Pascin, quelques mois avant son suicide.

 

Pascin. Dessin original. 1930

 

Julius Mordecaï Pincas dit Jules Pascin (1885-1930). L’Heure des croquis – Germaine Eisenmann [« Pierre Dubreuil et 3 Modèles » (ajouté d’une autre main)]. Crayon sur papier, signé en bas à droite et titré au dos par l’artiste suivi de « dessin de Pascin / fait Villa des / Camélias / en 1930 » ; encadré sous verre. Dimensions à vue : 46 x 61,5cm.                 

Pascin. Dessin original. 1930

Facétie de Jules Pascin, « le prince de Montparnasse », dessinée quelques mois avant son suicide, représentant Germaine Eisenmann assise de profil, dessinant un phallus, alors qu’elle croquait trois femmes nues voluptueusement étendues, celle de droite adressant d’ailleurs un clin d’œil complice au spectateur par le truchement de l’artiste, assis près de Pierre Dubreuil. A noter le remarquable portrait de celui-ci, ainsi que l’étude sur les raccourcis des trois modèles, Pascin faisant preuve de vivacité et de sûreté dans le trait, tout en conservant une rare élégance.

Lucy Krohg, sa maîtresse, avait loué en 1929 un atelier porte de Vanves, villa des Camélias, dans le but d’éloigner Pascin de Montmartre. Son ami André Salmon décrit ainsi la vie de l’atelier : « De jeunes femmes blanches et deux noires, toujours les mêmes, bavardaient, paraissaient ou grignotaient, jusqu’à ce que le peintre les observant, suspendît le mouvement de l’une d’elles ou de toutes à la fois ». Plus loin, il rend hommage à l’artiste : « Jules Pascin a été aussi peintre de portraits, des portraits d’écrivains et d’artistes ses amis. […] [Il] a énormément dessiné […] Quelques-uns de ses dessins sont d’une invention plus audacieuse que celle des toiles. Infiniment d’esprit (à ne point confondre avec l’humour) y vient tempérer ce que le thème pourrait avoir de scabreux. » (Bénézit, Dictionnaire (édit. 1976), t. VIII, pp. 145-146). Pascin disait : « Pourquoi une femme est-elle considérée comme moins obscène de dos que de face, pourquoi une paire de seins, un nombril, un pubis sont-ils de nos jours encore considérés comme impudiques, d’où vient cette censure, cette hypocrisie ? De la religion ? » Probablement en pensait-il tout autant concernant le dessin phallique que son amie Germaine Eisenmann esquissait…

Pascin se suicidera le 2 juin 1930, assailli de doutes quant à son art figuratif, face au cubisme et au surréalisme de Picasso, Braque et Miro. Il écrivit à Lucy, peu de temps avant de se donner la mort : « Je suis un maquereau, j’en ai marre d’être un proxénète de la peinture … Je n’ai plus aucune ambition, aucun orgueil d’artiste, je me fous de l’argent, j’ai trop mesuré l’inutilité de tout. » Notre dessin, « L’Heure des croquis », ne serait-il pas un ultime et dérisoire pied de nez à cette vie qu’il allait quitter ?

Plus de mille personnes suivront le cortège funèbre jusqu’au cimetière du Montparnasse ; de nombreuses galeries d’art de Paris auront fermé leurs portes en signe de deuil.

Ses œuvres sont conservées dans les principaux musées du monde.

Germaine Eisenmann (1894-1970), élève de Humbert, avait rencontré Suzanne Valadon en 1921, qui la révéla à elle-même et dont elle fut l’élève et l’ami. (Bénézit, IV, 134). André Hutter, le second mari de Suzanne Valandon, et Jules Pascin firent d’elle de magnifiques portraits.

Pierre Dubreuil (1891-1970) est un peintre et graveur français, élève de Matisse, dont l’œuvre est située à la frontière entre le figuratif et l’abstraction. Jules Pascin et lui s’étaient rencontrés à Montparnasse et avaient tissé des liens d’amitié. Ses tableaux et gravures sont conservées au Musée d’Art Moderne, au Petit-Palais, ainsi qu’au British Museum. (Bénézit, III, 694).