Pierre Louÿs fait ses Gammes en chantant les plaisirs saphiques

 

Pierre Louÿs (1870-1925), poète et nouvelliste français. Gammes. Poème autographe à l’encre violette, non signé, sans lieu ni date [vers 1905]. 1 p. in-4°, papier vergé filigrané Joyson Superfine.

 

Pierre Louÿs. Gammes. Poème très érotique.

Pierre Louÿs. Gammes. Poème érotique.

                                                                                                          

Poème très érotique de 3 quatrains heptasyllabiques en rimes plates, à notre connaissance inédit.

Entre chaque vers érotique, Pierre Louÿs intercale la gamme, sorte de refrain entamé sur une note chaque fois différente, la dernière servant la rime (seul le si, la note que l’harmonie qualifie de sensible, n’est pas utilisée) ; il donne ainsi au poème un rythme des plus sensuels et une élégance d’une grande simplicité, atténuant ainsi l’obscénité des vers, sublimation délicate dans laquelle le poète excellait. A noter l’équilibre remarquable du poème rendu par sa structure autour du chiffre 7 : les 7 notes de la gamme, les vers de 7 pieds, l’association du 3 et du 4 (les 3 quatrains de 4 vers chacun). Les gammes, exercice quotidien, procurent à l’artiste la maitrise technique de son art et lui permet de s’exprimer pleinement. Ces Gammes ne seraient-elles pas le prélude à des jeux érotiques saphiques dans la veine des Trois Filles de leur mère ? 

Jeanne au bord de mon sofa

Sol la si do ré mi fa

Entr’ouvrait son p[…] doré

Mi fa sol la si do ré.

 

Rachel plus bas sur le sol

La si do ré mi fa sol

Tout d’abord le lui b[…]

Si do ré mi fa sol la.

 

Quand le d[…] l’eut mise en r[…]

Ré mi fa sol la si ut,

La langue lui fit mimi

Fa sol la si do ré mi.

 

S’agit-il d’un hommage facétieux aux Chansons de Bilitis mises en musique par son ami Claude Debussy et créées salle Pleyel le 17 mars 1900 ? Ou la Jeanne du poème serait-elle Jeanne Roques (1889-1957), la célèbre « vamp » Musidora, dont Pierre Louÿs fut l’amant, et qui fut amoureuse de Colette à 17 ans, en 1906, à l’époque où l’écrivaine triomphait dans ses rôles de mime et affichait son homosexualité, le poète réalisant ainsi le fantasme de sa maitresse ?

L’illustration du poème est anonyme. Dessin au crayon finement aquarellé. Sans lieu ni date [contemporain du poème]. Dimension : 12,8 x 16,8 cm. Coins coupés, 4 trous d’épingle, rares salissures marginales.

Parfaite illustration, fine et élégante, dont la sensualité fait écho à celle de Gammes.

Deux pièces en parfaite harmonie.

Notice non censurée sur demande.

 1 500 €