Victor Hugo, déiste, critique Proudhon, matérialiste athée

hugo critique ProudhonVictor Hugo (1802-1885). Lettre autographe signée, Haute-Ville House, 8 septembre [1872], [à Raoul Lafagette]. 2 pp. bi-feuillet in-12. Avec enveloppe autographe adressée à « Monsieur Raoul Lafagette / 14, rue des Ursulines / Paris /  Via London / France », portant les marques postales de Guernesey, Calais et Paris, sans le timbre.             

Hugo remercie le poète Raoul Lafagette (Foix, 1842-id., 1913) pour un article dans lequel le pyrénéen, très matérialiste, lui reprochait cependant son déisme ; à cette occasion, lui, Hugo, le poète au grand cœur, éprouvant le sentiment de l’infini, se compare à Proudhon, athée matérialiste, en le qualifiant de rhéteur à l’âme étroite : « Votre article, mon cher et vaillant poëte, porte l’expression de votre noble esprit. C’est une haute et belle page. Vous faites bien de marquer votre dissidence avec moi. Personne pourtant ne serait plus digne que vous d’avoir et de confesser le sentiment de l’infini. M. Proudhon appelait cela mysticisme. Mais c’était une âme étroite et vous êtes, vous, un grand cœur ; c’était un rhéteur et vous êtes un poëte. » Hugo répond ensuite à une sollicitation de Lafagette : « je vous appuierai de tout mon cœur près de Charles Blanc, si vous me croyez bon à quelque chose.. » Le Poète sollicitait un poste au Ministère des  Beaux-Arts, alors dirigés par Charles Blanc, le frère de Louis. Grâce à la recommandation de Victor Hugo et à l’appui de Louis Blanc, sa candidature sera couronnée de succès. A ce sujet, Charles Blanc avait écrit à son frère Louis : « je ferai de mon mieux pour qu’il soit préféré aux autres » (cité par Louis Blanc dans sa lettre adressée à Lafagette, Londres, 30 août 1872). 

Déçu par l’orientation politique française, battu à une élection partielle à Paris, Hugo s’était installé à Guernesey en août 1872 où il demeurera une année, le temps d’y écrire Quatre-vingt-treize. Son fils n’a pu retrouver l’article dont il est question. S’agissait-il d’un article sur les Travailleurs de la Mer dont Louis Blanc écrit à Lafagette le 22 septembre, de Brighton, qu’il lui « a paru bien pensé, vigoureusement écrit. Seulement il renferme une appréciation qu’[il] trouve un [peu] osée » ou Lafagette avait-il rendu compte de l’Année terrible parue en avril de cette année, recueil dans lequel Hugo se déclare déiste, notamment dans A l’évêque qui m’appelle athée ?

Publiée dans sa Correspondance tome III (années 1867-1873) Paris, Albin Michel, imprimé par la librairie Ollendorff, édité par l’imprimerie Nationale.

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